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Une méditation sur la loi (Chapelle des Crêts, 23 mars 2013)

Ce soir je vous propose une méditation autour du concept de la loi.
Chez Marc chapitre 2, verset 23 nous lisons la parole du Christ :
 « le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ».

Encore chez Marc chapitre 7, versets 1-23, en ce qui concerne les lois de propreté, nous lisons :
« les pharisiens et les spécialistes de la loi lui demandèrent : pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens mais prennent-ils au contraire leur repas avec les mains non lavées ? Jésus leur répondit « Hypocrites, Essaie a bien prophétisé sur vous, comme il est écrit : ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloignée de moi… vous abandonnez le commandement de Dieu et vous gardez la tradition des hommes ».

Dans son Epitre aux Romans chapitre 7, versets 1-6 Paul nous interpelle avec une question:
« Ignorez vous que la loi n’exerce son pouvoir sur l’homme que aussi longtemps qu’il vit ? Maintenant nous avons été libérés de la loi, car nous sommes morts a ce qui nous retenais prisonniers, de sort que nous servons sous le régime nouveau de l’Esprit et non sous le régime périmé de la loi écrite. »
Et dans l’Epitre au Galates chapitre 5, verset 14, Paul nous rappelle que « toute la loi est accomplie dans cette seule parole : tu aimeras ton prochain comme toi-même »

Revenons donc à Jésus après son entrée triomphale à Jérusalem le dimanche des rameaux. Matthieu nous raconte que Jésus a provoqué la colère des Pharisiens lorsqu’il s’adressa à la foule avec les paroles suivantes:
 « Les spécialistes de la loi et les pharisiens se sont faits les interprètes de Moïse. Tout ce qu’ils disent de respecter, faites le donc et respectez le, mais n’agissez  pas comme eux, car ils disent et ne font pas. » (chapitre 23, 2-4)
Jésus continue : « Malheur à vous, spécialistes de la loi et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux hommes l’accès au royaume des cieux … Malheur à vous, spécialistes de la loi, parce que vous dépouillez les veuves de leurs biens tout en faisant pour l’apparence de longues prières … Malheur à vous… Vous dites : ‘si quelqu’un jure par le temple, cela ne compte pas, mais si quelqu’un jure par l’or du temple, il est engagé’… Lequel est le plus grand : l’or ou le temple qui consacre l’or ?  Vous dites encore : ‘si quelqu’un jure par l’autel, cela ne compte pas, mais si quelqu’un jure par l’offrande qui est sur l’autel, il est engagé’… Lequel est le plus grand : l’offrande ou l’autel qui consacre l’offrande ?... Malheur à vous, spécialistes de la loi et pharisiens hypocrites, parce que vous versez la dime de la menthe, de l’aneth et du cumin et que vous laissez ce qu’il y a de plus important dans la loi : la justice, la bonté et la fidélité » (chapitre 23, 13-23).

Permettez-moi un commentaire pour avancer notre méditation.  Jésus nous a montré que la loi est faite pour l’homme, et pas l’homme pour la loi.  Il donne la priorité à l’esprit de la loi. D’ailleurs il nous donne une nouvelle loi, en remplaçant la vielle Alliance par la nouvelle Alliance de l’Eucharistie, de l’amour, du pardon.

Bien que l’ordre soit une nécessité dans toute société, et que normalement on doit respecter les règles du jeu, je crois qu’il faut comprendre la loi comme moyen et pas comme commandement ou comme expression du pouvoir.  Toutes les civilisations du monde ont eu à faire avec la question de la légitimité de la loi, sa fonction pour la société.   Il s’agit donc de la nécessité universelle de différencier entre la forme et la substance. La forme est la loi, la substance est la justice.

Nous voyons déjà cette différence chez Sophocle dans son drame « Antigone » (441 av. J.-C), la femme qui enterre son frère Polynice en dépit de l’interdiction du roi Créon et qui, de ce fait, est punie. Nous connaissons aussi la parole de Socrate devenue en latin  dura lex sed lex , la loi est dure, mais c’est la loi, donc expression d’impuissance ou de résignation face à l’autorité, par contraste avec les mots de Cicéron  summum jus, summa injuria , le sommet du droit peut se révéler être le sommet de l’injustice. D’où l’impérieuse nécessité de faire prévaloir le sens pour la proportion afin d’éviter qu’au lieu d’y remédier, la loi ne cause de l’injustice.  Dans le siècle des lumières on pense tout de suite à Charles-Louis de Montesquieu et son traité de théorie politique  De l’Esprit de Lois (publié 1748 à Genève, pas a Paris), dans lequel il développe une vision de la nécessité d’un facteur d’ordre mais aussi de la séparation des pouvoirsCe qui nous amène à l’observation pertinente de Juvénal dans ses Satires :  quis custodiet ipsos custodes ?  Qui contrôle les contrôleurs ?  En d’autres termes, qui va contrôler les spécialistes de la loi, les politiciens, les parlementaires?

Or c’est précisément à nous qu’il appartient de veiller à ce que la loi serve l’homme et la justice et non pas le pouvoir et les privilèges. La loi doit être justifiée, son but connu, et lorsqu’elle débouche sur l’injustice, nous devons - c’est là notre responsabilité – la modifier. Positivisme, légalisme et conformisme sont donc à rejeter. Nous avons encore tous à l’esprit des lois qui sont ou étaient manifestement injustes – les lois de l’apartheid, de la ségrégation raciale, de la détention arbitraire à l’époque de Hitler, Staline, Mao, Pol Pot, au temps des juntes militaires en Argentine et au Chili. D’ailleurs, cette corruption de la loi et de la pratique du pouvoir n’appartient pas au passé lointain… Elle persiste aujourd’hui encore dans des lois et des traités injustes aux Etats-Unis, en France et même en Suisse.

 

 

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